LE DORMEUR DU VAL

Publié le par MYMY DU WEB

Le temps n'efface pas les souvenirs. Il suffit d'une phrase, d'un mot mis bout à bout d'un autre mot, d'une expression, d'un furtif sentiment de déjà vécu et voilà que tout ressurgit !

Octobre 1870 - Arthur RIMBAUD -  La guerre, encore elle, avec ses ravages. Comment mieux qu'Arthur Rimbaud pour vous amener devant l'évidence de la mort - sans prononcer le mot - sans le faire paraitre ! Doucement portée vers l'horreur ! Cette mort qui a frappé si brutalement a besoin, désormais que l'on parle d'elle avec douceur et beauté !

Avec pour témoins : une rivière, le soleil, un frais cresson, la verdure, la lumière, des glaïeuls, des parfums et nous, comme témoins !

Petite fille, ma maitresse d'école me fait apprendre cette poésie : "Le Dormeur du Val" qui a été longtemps remisée dans les profondeurs de mon cerveau !  Aussi, je remercie,  Mme Rubio, qui me regarde de là-haut, j'en suis sûre, de m'avoir apporter ce bonheur du temps qui passe avec ses douleurs et ses plaisirs.

Je suis du genre à garder les plaisirs et les déguster tous les jours.  En faire une surconsommation : sans rechignier ! certes ! 

Les douleurs, elles, restent ancrées dans mon âme, silencieuses. Les premières que j'ai connues ont été celles de la guerre - pas de 1870, mais celle de 14-18 - Verdun ! Là où je passais mes grandes vacances d'été. A l'époque, il restait au bas des coteaux de Douaumont beaucoup de vestiges de cette attroce guerre - Je pouvais toucher, palper, ressentir cette guerre. Témoins vivants me racontant - Une grenade incendiaire entre les doigts, trouvée par hasard de mes ballades dans les prés !  Les champs, les forêts encore marquées des ravages des bombes : plus un champ plan ! que trous et bosses ! partout ! Entre Douaumont et la Meuse, son canal, le petit village de Vacherauville. Reconstruit entièrement et presque à l'identique d'avant 1914 !  Les tantes,  les vieilles dames me font voir les photos rescapées, d'avant guerre, (car on ne parle que très peu de la seconde 1939-1945 : c'était pas la même !) 

Ce sonnet a été, pour moi, l'image,  par les mots, de ce qui devait être "Verdun" en ce temps-là  ! J'ai mis un homme dans les trous de bombes, j'ai ajouté des glaieuls dans les chemins menant au prés couvert de cresson, J'y ai vu du soleil, comme on en trouve en plein été dans cette belle contrée, sur son visage, un sourire pour contraster avec le regard triste des gens de là-bas ! Le parfum d'une belle nature où j'avais souvent chaud et parfois froid sur les pentes douces de ces collines, ces vallons !

 Pourquoi, cette semaine, un mot, une phrase m'a rappelé cette poésie, pourquoi est-elle ressurgit de ma mémoire ! ....   Il me fallait la reciter entièrement ! la revivre, la ressentir, la respirer. Voilà, c'est fait : je me sens mieux - Pour votre plaisir, je vous l'offre :

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herves des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

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Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

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Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

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Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux troux rouges au côté droit.

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à ++++   MYMY DU WEB

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